Mon 1er Ultra Trail

Il y a un an quasiment jour pour jour, je prenais le départ de la CCC. Un petit 101km des familles et 6000m de dénivelé, tout ceci autour du Mont Blanc.

Après quelques années de pratique du trail l’envie de repousser mes limites, augmenter le dénivelé, les kms s’est fait très gentiment et naturellement. Je me souviens très bien dire et répéter à qui voulait l’entendre « JAMAIS de la vie j’irai faire 100 bornes en montagne, c’est trop dur, trop long, bref c’est pas pour moi ». Mais petit à petit l’oiseau fait son nid et cette idée d’aller me frotter à bien plus grand que moi est apparue pour ne plus me quitter.
J’ai sauté le pas sans vraiment le vouloir puisque c’est Monsieur qui m’a inscrit au tirage au sort ! (j’avais les points requis pour tenter l’inscription puisque j’avais bouclé quelques folies avant comme la 6000D entre autres). Genre « de toute façon y’a peu de chances que tu sois tirée au sort mais bon on sait jamais ça pourrait être sympa avec tous les copains ! »
En janvier 2016, je reçois donc un texto, alors que je dormais paisiblement … « hop hop hop on met les baskets, ya une CCC fin août !! » signé Adrien Tarenne, grand copain de mon +1 et qui fera partie de l’aventure aussi ! Je n’ai réalisé ce à quoi je m’attaquais qu’à partir du mois de juillet. Tout ceci était lointain et flou pour moi ! D’autant que mon début d’année était centré sur le Marathon de Barcelone.

Après un début de prépa en dents de scie (les 3 premières semaines de juin je n’ai rien pu faire car j’ai eu un souci de santé), j’arrive finalement le 26 août plutôt en bonne forme mais avec aussi une belle appréhension. Tout y passe : « pourquoi je me lance là-dedans ? » « J’ai plus envie de courir, de toute façon j’aimmmmme pas courir !!!! » « C’est beaucoup trop difficile pour moi » « Je ne vais pas y arriver, enfin si évidemment je vais réussir !!! » Bref, c’est le stress quoi !
Avec Vincent, nous avions beaucoup travaillé l’aspect gestion de course (partie qui ne m’était pas inconnue mais qu’il est nécessaire de validée avec le coach) et dans ma tête je me pensais capable de finir en 21h environ… Bon j’ai mis au bas mot quelques petites heures supplémentaires…. LOL
Je n’ai évidemment pas dormi la nuit précédente, j’arrive donc sur la ligne de départ avec ce stress là en plus… Tu pars pour une course où tu vas passer la nuit dehors et avant même de partir tu es fatiguée !!! Mais je suis avec les potes, les frères Talabardon, Vincent et ma super coéquipière Laura, qui est LA copine la plus dévouée du monde parce qu’elle va venir passer la nuit dehors dans la montagne avec moi pour me tenir compagnie ! (j’entends d’ici les « Mais c’est interdiiiiiit !!! » Ouai je sais mais j’ai transgressé cette règle parce que j’aime partager mes galères !!!!)
Le départ, tout le monde ne le sait pas mais c’est le moment le plus émouvant… Ils te mettent la petite musique qui te serre la gorge (Chanson de Vangélis), te fais monter les larmes, celle qui te fait croire que t’es presque invincible, celle qui te dit que tu pars et que tu reviendras jamais !
Bon je verse ma larmichette et c’est parti pour un long voyage à travers les Alpes italiennes, suisses et françaises !

La course se décompose en 6 étapes :

1ère étape et non des moindres : monter à la tête de la Tronche (oui le nom est ridicule on est d’accord !), tu prends 1300m de D+ direct histoire de te faire comprendre que t’es pas là pour ramasser des pâquerettes ! Vincent m’avait prévenu que ça allait soit bouchonner, soit pousser un peu et que c’était très long… prévoir 2h30 pour les 9/10 premiers kms…
En effet, j’ai galéré, vraiment, je suis partie un peu vite pour ne pas avoir trop de bouchons mais du coup je sentais que je n’allais pas assez vite et ça râlait derrière, j’ai passé mon temps à me pousser, m’arrêter pour laisser passer… Bref, tout sauf du plaisir, puis il fait déjà très (trop) chaud. En effet, en 2016, les courses de l’UTMB se sont déroulées sous une canicule de fou furieux… Il était prévu un petit 37 degré ! Donc autant dire que dès le début j’ai compris que ça allait être vraiment difficile ! Mais je monte, tant bien que mal, doucement mais surement… J’ai mes bâtons, je me cale un petit rythme, je m’arrête de temps en temps pour souffler mais repars vite. J’arrive en 2h45, je suis à peu près dans les temps.
Derrière ça relance un peu, mais j’ai du mal à faire repartir la machine, j’ai vraiment super chaud mais je sais que dans 5km il y a le 1er ravitaillement. Je mets quand même 45min pour descendre 5kms, super… Ca s’annonce compliqué ! Je ne comprends pas trop ce qui m’arrive, je me sens faible et je n’ai aucun jus. Le ravito passe bien, je me mets à l’ombre, bois beaucoup d’eau, mange un peu et repars.

J’avoue que sur chaque ravitos j’ai relativement pris mon temps, je savais qu’à mon niveau (de débutante) tout se joue dans ces moments. Repartir trop vite, ne pas prendre le temps de bien s’alimenter et souffler (surtout avec cette chaleur) et c’est l’abandon quasi assuré.

Jusqu’au ravito en eau suivant il y a 7km, relativement roulant, mais c’est pas le top, j’avance mais je trouve ça long. J’ai soif tout le temps…  Je regarde un peu mon téléphone mais nous sommes en suisse je crois et ça ne passe pas vraiment, cependant je vois que j’ai reçu plus de 20 textos… déjà ??? Mes copines sont dingues !
Faut repartir et rejoindre le 1er point de ravitaillement avec du solide (depuis le début il n’y a que de l’eau, pas de nourriture) qui se situe au 27ème km à Arnouvaz – fin de la « 1ère partie ». J’y arrive en 5h55 environ, oui oui vous lisez bien… Presque 6h pour faire moins de 30bornes… Je prends donc conscience que c’est chaud patate pour arriver vers 7h du mat, mais bon maintenant que je suis là ! Je mange et reprends des forces. Je repars, je me sens ENFIN bien ! Alléluia !

2ème étape assez courte mais avec une jolie montée de 900m en 6km ! Je grimpe au point culminant (Le Grand Col Ferret à 2500m) relativement facilement. Il commence à y avoir des cadavres le long des chemins, ça ne me rassure pas du tout…
Depuis le début je suis assez seule, je ne parle avec personne, je n’en ai pas trop envie, mais j’ai le même rythme qu’un groupe de mecs qui me font rire à distance. Y’en a un qui galère vraiment par rapport aux autres et ils s’engueulent parce qu’ils ne l’attendent pas. Bref, ça m’occupe l’esprit !
Au moment de basculer en direction de la Fouly (41ème km), je me souviens des mots de Vincent qui me disait de bien gérer ma descente car la partie suivante est très roulante donc il faut les cannes ! Mais je suis super bien donc je descends assez bien, j’ai enfin l’impression de profiter de ma course. A un peu moins de 9h de course, j’arrive assez « fraîche » au ravito. Il y a à manger, et je m’en donne à cœur joie : comté, saucisson… Tout va super bien !


La 3ème étape est la plus roulante et rallie La Fouly (41ème km) à Champex, qui est le milieu de la course : 55km. C’est environ 11bornes de descente et 3 de montée.
Je cours, même si je commence à avoir les jambes un peu lourdes, je me dis que si y’a bien un passage dans la course où je DOIS courir c’est maintenant… Je me concentre et envoi. Je croise un mec que j’ai déjà vu sur des sorties en région Parisienne et qui connait Vincent, on papote pendant près de 3kms. Puis il me lâche une fois qu’on commence à monter.
J’ai un peu morflé avec ces 11 bornes de descente très roulante, et j’ai un peu peur que mes cuissots ne suivent pas.
J’arrive à Champex, fatiguée mais bien. Laura est là, à fond, elle hurle en me voyant et m’encourage. Il est 20h40 quand je pose un pied dans cette énorme tente qu’est le ravito de Champex, cela fait 11h40 que je suis en course.
Et là c’est le drame… Je ne saurai expliquer ce qu’il s’est passé, mais l’arrêt au stand ne m’a pas réussi du tout… Il faisait une chaleur de gueu là-dedans, ça puait le mâle qui a passé sa journée dans son jus, c’était très bruyant… Bref, c’est comme si une chape de plomb m’était tombée sur la tête. Avec le recul, je pense que j’ai simplement fait une jolie insolation…
J’ai envie de vomir, je n’arrive pas à manger, rien ne passe, je n’y arrive pas. Laura s’affaire de partout, elle va me chercher des pâtes, du thé, du fromage, du pain, elle m’étire les jambes, me parle… je sens qu’elle est perdue et qu’elle ne sait pas trop quoi dire ou faire ! Je suis au bout du rouleau, je pleure. En face du nous, un monsieur est dans le même état et me dit : « Si tu ne peux pas manger, c’est trop dangereux de repartir, il fait nuit, il peut t’arriver n’importe quoi si tu fais un malaise, moi j’arrête là ! »
Laura et moi on se regarde. D’un côté j’ai envie de faire pareil et rentrer me coucher dans un bon lit parce qu’il faut le dire : je n’ai fait QUE la moitié… La route est encore longue ! Puis, j’entends le speaker : « l’arrivée du 5ème de la course est imminente et c’est Vincent VIET » ! Putain, mon mec va finir alors que moi je suis qu’à la moitié ! Je suis super fière évidemment et du coup mon cerveau commence à reprendre sa réflexion… Il me manque encore les dernières paroles, les derniers mots pour me pousser à sortir de cette foutue tente. J’appelle Adrien, il attend Vincent à l’arrivée et je sais qu’il va trouver les mots pour me faire repartir. En effet, il ne me laisse pas d’issue de sortie en fait, il me dit « Ok t’as pas manger, c’est pas grave, repars l’appétit va revenir, c’est normal, repars maintenant ! » Et je repars, après 1h40, je ne pensais pas être restée aussi longtemps, et surtout ça me met un petit coup au moral… Je me suis changée car il fait plus frais, et j’ai de quoi manger si l’envie m’en prend… Laura m’encourage et on se donne RDV au prochain ravito, et là elle repartira avec moi !

Cette 4ème étape de Champex à Trient est assez longue (17km) et de nouveau on a un petit col (la GIETE) à se grimper ! Finalement, dès que je suis sortie de cette tente de malheur, je me suis sentie mieux, j’ai pu enfin respirer et j’ai avancé machinalement.
Je rencontre un monsieur avec qui je papote pendant près d’une heure ! Je suis trop fière de lui dire que mon copain vient de terminer 5ème !
Je vous avoue que je n’ai pas trop de souvenirs de cette partie, j’étais assez bien puisque je me souviens avoir courue une grande partie de la descente et avoir dépassé pas mal de monde.
Vincent m’appelle car il s’inquiète, apparemment ma balise n’a pas pointé en haut du col… Bah oui ça arrive, mais là j’arrive à Trient… Et Laura et lui ne sont pas encore partis ! Pas grave, je ralenti, je prends le temps d’une pause pipi avec vue sur les lumières de la vallée ! Lorsque j’arrive à Trient, ils sont là, Vincent m’attend et « court » à côté de moi, je vois qu’il est en souffrance… Ses pieds ne ressemblent plus à rien c’est la cata ! Mais qu’est-ce que ça me fait du bien de le voir ! Je prends une soupe, me change de nouveau… Discute avec Stéphanie et Lucille que je connais très peu mais qui sont venues pour m’encourager ! Ca me ferait presque chialer ! Laura me dit que j’ai un soutien de dingue sur Facebook, ça me motive à repartir malgré les jambes qui tirent, le dos en vrac et les pieds en charpie. Je repars accompagnée de Laura après 17h de course…

5ème étape Trient – km72 – à Vallorcine au km 83…. 11km, 1000m de D+ ! Je suis habituée maintenant à m’enfiler des 1000m de D+ à chaque côte. Je sais qu’une fois qu’on basculera vers Vallorcine, je serai en terrain connu, j’ai déjà fait 2 fois le Marathon du Mont Blanc et ce qu’on va descendre aujourd’hui, je l’ai monté … 2 fois… et c’est difficile, surtout avec 80 bornes dans les pattes !
Cette partie se déroule comme la précédente, plutôt bien, même très bien, car je suis maintenant avec Laura. Et Laura, elle est bavarde donc elle me tape la discute et va même papoter avec des gens autour ! Ca fait du bien un peu de vie dans ce silence de morts ! La descente va en effet répondre à toutes mes craintes, elle fait mal, je n’ai plus de forces dans les quadri, mon dos commence à me faire souffrir et je n’ai plus beaucoup d’énergie… L’arrivée à Vallorcine tombe à pic, le soleil se lève doucement derrière dans la vallée.
Vincent est toujours là (oui après sa course il n’a pas dormi comme tout le monde, non il est venu me soutenir !), Stéphanie aussi. Je prends encore une soupe, de toute façon il n’y a plus rien d’autre, alors pas le choix ! Il est 5h40 du mat, j’essaye de ne pas m’attarder mais je reste quand même environ 30min… Vincent m’assomme un peu quand il me dit que je n’arriverai pas avant 11h du mat à Chamonix! J’ai envie de chialer, j’en ai ras la casquette mais il ne reste presque rien…

Dernière étape et non des moindres… La montée du Col des Montets jusqu’à la Tête au Vent (1000m de D+ encore) et redescente sur Cham. Je connais parfaitement cette partie, je l’ai faite en rando et la descente en course aussi. Bref, je sais que ça va faire mal !
Ca m’a tué ! Cette putain de dernière montée m’a vidée, c’était dur, des marches, des pierres, quand ça relançait, impossible de courir car technique et puis surtout mes jambes me disaient « T’as rêvé meuf, nous on démissionne, on ne coure plus ! » Laura est toujours là, fidèle au poste, elle n’arrête pas de me dire que je fais un truc de fou, que c’est top… Merci ma lala !
On aura eu le droit au lever de soleil sur le Mont Blanc (rien que pour ça, ça valait le coup de mettre plus de temps que prévu !)… Et donc avec ça le retour de la chaleur ! Parce que moi, de nuit, j’étais bien finalement, avec mon petit rythme au frais ! Là, je sens que la dernière descente va être très longue !
Elle le sera, je n’arrive plus, j’essaye de courir, mais c’est un grand mot… J’ai mal partout. Mes pieds… Je suis certaine que mes ongles sont partis tellement j’ai mal, j’ai chaud, j’ai des irritations de partout (vraiment partout…), mon dos… mes jambes… mes yeux sont lourds ! Bref ce n’est plus du plaisir mais je sais que la satisfaction va bientôt pointer le bout de son nez !

L’arrivée dans Chamonix… il reste un peu plus d’1km, Vincent est là, il court à côté de moi et me répète de profiter ! J’arrive à avoir une foulée de course mais je suis à 4km/h je pense ! Je ne vois rien, je n’entends rien, je suis toute seule. L’arche est là, je ne sais pas ce qu’il se passe dans ma tête mais je me dis « merci » (oui oui je m’auto remercie !). Il est 10h58, j’ai mis 25h57 ! C’est très long, beaucoup plus que je ne l’aurai voulu mais j’ai passé la ligne d’arrivée, malgré les 43% d’abandon ! Je suis dans le centre de Chamonix, Finisher de la CCC ! Moi Charlotte qui ne courait pas 2km sans cracher ses poumons y’a 7 ans, je viens de boucler 101km, sans trop d’encombres dirons-nous !

Sincèrement, lorsque je passe l’arche d’arrivée, mon premier sentiment fut le soulagement, car j’étais épuisée et que la fin est longue. Puis évidement la fierté d’avoir réussi puis un peu de déception parce que je voulais vraiment faire mieux, avec le recul je sais que c’est idiot mais je sais aussi que c’est une nouvelle source de motivation… 😉
Vincent est fier, il peut l’être, c’est grâce à lui que je suis là. Il m’a préparée physiquement, mentalement, il est venu m’encourager, il a été d’un soutien incroyable ! Et puis y’a Laura, qui est venu 2jours à Chamonix juste pour venir faire 30km en pleine nuit avec moi ! Une vraie belle amie, qui a su me motiver à chaque fois que c’était nécessaire.
J’ai une chance inouïe d’être aussi bien entourée. J’ai reçu des centaines de messages au total entre Facebook, Instagram, textos, whatsapp… J’étais scotchée devant un tel soutien et un tel engouement de la part de mes proches et aussi et surtout de la part de gens beaucoup moins proche ! Même après 1an, lorsque j’y repense, je suis hallucinée et tellement reconnaissante car je me suis sentie portée tout du long.

Est-ce que je resignerai ? Maintenant oui. Bon il m’aura fallu presque 1an mais je peux dire maintenant que j’ai envie de recommencer et revivre cette expérience incroyable. J’ai envie de faire mieux, différemment. J’ai acquis un peu d’expérience maintenant à travers des trails en montagne, dans le désert, sur route, je sais que tout cela m’apportera beaucoup !
Alors peut-être en 2018 sur la CCC… Ou ailleurs ! 🙂

1 Comment

  • Elodie August 30, 2017 at 12:04

    “mon premier sentiment fut le soulagement, car j’étais épuisée et que la fin est longue. Puis évidement la fierté d’avoir réussi puis un peu de déception parce que je voulais vraiment faire mieux …”

    Je crois qu’on y passe tous un peu par ces trois phases ; mais finir, pour un premier ultra me paraît être un bel objectif aussi 😉 Félicitations à toi !

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